Texte & photos : Julien Gernez
“Prêts à agir, déterminés à protéger”. Plus qu'un slogan, cette devise forge l'armature d'ORION 26, le rendez-vous majeur de la préparation opérationnelle française face aux menaces les plus complexes du XXIe siècle. Conçu dans un monde en bascule, cet exercice répond à une réalité géopolitique sans équivalent : le retour des stratégies de puissance et la persistance du risque de confrontation aux frontières de l'Europe. Alors que les compétiteurs stratégiques multiplient les attaques hybrides pour affaiblir notre modèle de société, la France affirme sa stature de nation-cadre. De la guerre invisible des ondes et du cyberespace jusqu'à l'affrontement conventionnel de haute intensité, ORION 26 mobilise l'intégralité des forces pour démontrer une capacité unique : entrer en premier sur un théâtre contesté et commander une coalition alliée sous le feu. Dans les plaines de l'Arnland, face aux ambitions expansionnistes du Mercure, ce ne sont pas seulement des unités qui s'entraînent, c'est la résilience de toute une Nation qui est mise à l'épreuve.

Présentation Générale :
Signifiant Opération de grande envergure pour des armées Résilientes, Interopérables, Orientées vers le combat de haute intensité et Novatrices, ORION 26 n’est pas un simple entraînement de routine. Le Général Julien Sabéné, n°2 du Commandement de la Défense Aérienne et des Opérations Aériennes (CDAOA), précise : “ORION 26 est un exercice qui vise à préparer les forces, pas seulement l’armée de l’Air et de l’Espace mais toutes les armées et même au-delà, à la guerre de haute intensité. Un exercice comme ORION, qui se déroule sur environ quatre mois, a pris des années de préparation.
ORION 26 a, en effet, été pensé dès 2021 pour répondre à une dégradation brutale et continue de l'environnement sécuritaire international et à l’évolution des menaces. Depuis 2022, la France et ses alliés font face à une multiplication des attaques dites "hybrides" (cyberattaques, désinformation, etc) visant à tester la résilience des sociétés démocratiques sans franchir le seuil du conflit ouvert. Face à ces enjeux, la France adapte son modèle de défense pour répondre à l’hybridité croissante des menaces et à la persistance du risque de confrontation aux frontières de l’Europe. ORION 2026 est la réponse capacitaire à cette menace, visant à démontrer la détermination de la France à protéger la Nation, ses intérêts, ses citoyens et l’intégrité du sol européen. Le Général Sabéné poursuit : “Dans un environnement géopolitique qui est très incertain et toujours plus dangereux, l’objectif est d’être prêt. Prêt à ce qui peut se passer dans quelques années. Pour être prêt il faut s'entraîner, il faut avoir ce coup d’avance par rapport à l’adversaire. Un conflit aujourd’hui, ce n’est pas chacun de son côté, ce n’est pas une course de vitesse. On doit travailler les uns avec les autres en multi-milieux et multi-champs (M2MC). Il faut travailler avec nos alliés. Cet exercice nous permet d’aborder ces différents aspects.
Les objectifs d’entraînement d’ORION 26 sont donc multiples : 
   - Entraîner les commandements opératifs à planifier et conduire des opérations dans tous les domaines (Terre, Mer, Air, Cyber, Espace, Informationnel et Électromagnétique) et à les combiner dans des manœuvres hybrides et de haute intensité.
   - Entraîner les forces et les chaînes du soutien dans un contexte de haute intensité.
   - Entraîner la coordination interministérielle pour la protection du territoire national et la résilience de la Nation.
   - Renforcer l’interopérabilité avec nos alliés
   - Renforcer  la capacité de l’Armée de l’Air et de l’Espace à fournir une force d’alerte de l’OTAN dans le cadre de l'ARF 26 (Allied Response Force).
   - Favoriser l’innovation en réalisant des expérimentations (drones, brouillage satellite, simulation, IA, météo spectrale de la vision et l’utilisation du spectre électromagnétique).

Dassault Rafale C - Armée de l'Air et de l'Espace - 30e Escadre

Le scénario : La défense de l’Arnland face au Mercure :
Dans un contexte où un engagement dans un conflit de haute intensité pourrait devenir une réalité, ORION 26 répond à la nécessité d’intensifier et de durcir le niveau de préparation des forces françaises. Ainsi, elles s’entraînent avec rigueur et réalisme pour être prêtes à conduire, le cas échéant, les engagements futurs les plus complexes et les plus exigeants dans tous les champs de la conflictualité. Cette exigence contribue à consolider la force morale des militaires et des chaînes de commandement. ORION 26 confronte les savoir-faire modernes et l’innovation tactique et technologique aux réalités du combat de haute intensité et aux défis posés par l’hybridité des menaces.
Dans un scénario fictif mais crédible se déroulant en Europe, Mercure, un pays expansionniste, cherche à déstabiliser son voisin l’Arnland afin de maintenir son influence dans la région et d’empêcher l’adhésion de ce pays à l’Union Européenne. Une situation qui se rapproche fortement du climat européen actuel… Au cours de l’année 2025, Mercure a multiplié les actions hybrides et accru son soutien aux milices présentes sur le territoire de l’Arnland. Le 6 janvier 2026, à la demande de cet allié, la France prend la tête de la coalition ORION pour assurer sa défense et préserver l’équilibre européen. ORION 26 incarne cette montée en puissance, de la guerre invisible à l’affrontement de haute intensité. Ce scénario, dont les mécanismes sont inspirés des standards OTAN, à pour but de recréer l’ensemble des formes du combat moderne : du cyber au blindé en passant par le spatial et le naval dans un enchaînement cohérent.

Une Manœuvre en Quatre Temps :
L'exercice se structure autour de quatre phases critiques :
Phase O1 - Planification (Oct. 2025 - Janv. 2026) : Déclinaison de la décision politique en ordres militaires opérationnels, selon les standards OTAN. Objectif principal : Renforcer l’entraînement de la structure de commandement et de contrôle (C2) des niveaux stratégique et opératif à la planification en temps contraint d’une campagne militaire sous commandement national en coordination avec l’OTAN et un pays hôte, ainsi que des opérations dans l’Hexagone et en outre-mer.
Phase O2 - Entrée en premier (Févr. - Mars 2026) : C’est le cœur tactique de l'exercice qui marque le basculement dans l’action. La coalition doit conquérir la supériorité aérienne et maritime pour permettre un débarquement amphibie et des opérations aéroportées massives afin de sécuriser une tête de pont. Objectif Principal : Renforcer l’entraînement de la structure nationale de commandement à conduire une campagne d’entrée en premier sur un théâtre d'opérations en prenant en compte la conflictualité dans tous les aspects. Afin d’éprouver la cohérence de l’ensemble, dix mille militaires et sept composantes (Terre, Mer, Air, Forces spéciales, Cyber, Spatial, Logistique) sont engagés sur 21 jours en terrain libre. Raisonnant quasiment à l’échelle de la France entière, cette phase O2, aussi appelée Livex, est elle-même scindée en trois étapes, chacune leader par une armée ; l’armée de l’Air et de l’Espace conduisant la première, la Marine Nationale la seconde et enfin la troisième étant mené par l’Armée de Terre. Le tout étant commandé et piloté depuis le PCIAT (Poste de Commandement InterArmées de Théâtre) déployé à Cinq-Mars-la-Pile.
Phase O3 - Résilience Nationale et renforcement des capacités collectives de défense du territoire (Mars 2026) : Un "wargame" interministériel impliquant 12 ministères pour tester la gestion des conséquences d'un conflit majeur sur le territoire national (logistique, santé, cyberdéfense civile). Objectif Principal : Renforcer la coordination entre les ministères dans la planification de leur soutien à la montée en puissance des armées en cas d’engagement majeur ; Évaluer la réactivité, la capacité de mobilisation et la coordination des acteurs civils et militaires, ainsi que l’aptitude de la France à soutenir la montée en puissance de ses forces.
Phase O4 - Engagement OTAN (Avril 2026) : Intégration des forces françaises au sein d'une structure de commandement de l'Alliance Atlantique dans un scénario de défense collective (article 5) pour une contre-attaque de grande envergure. Pendant près de trois semaines, cette phase mobilisera 12 500 militaires ainsi qu’un état-major de niveau corps d’armée et trois divisions multinationales.

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Phase O2 : Mont-de-Marsan, un outil de combat taillé pour les opérations aériennes :
La base aérienne 118 « Colonel Rozanoff » de Mont-de-Marsan a été l'épicentre de la supériorité aérienne durant toute la durée de la phase O2. Dans cette architecture complexe qu’est ORION 26, la BA118 s’est métamorphosée en un véritable centre de gravité aérien à partir duquel les missions se sont enchaînées à un rythme effréné de jour comme de nuit et même les weekends. A cet effet, deux zones aériennes dédiées ont été mis à disposition : La zone Krypton, au-dessus de l’océan, dans le Golfe de Gascogne, s'étendant sur près de 400 km de long et 200 km de large, permettant de jouer avec tout l’armement moderne notamment le missile à longue portée Meteor et la zone Centre partant de Mont-de-Marsan pour remonter jusqu’en Auvergne.
Le site landais a accueilli un déploiement exceptionnel de plus d’une trentaine de chasseurs français, allemands, grecs et qataris, soulignant la dimension internationale de l’exercice. Nation partenaire depuis de nombreuses années, le Qatar a déployé quatre Rafale EQ/DQ du Flying Wing 6 en provenance de la base de Tamim. Leur intégration aux côtés des forces françaises permet de tester la fluidité des procédures entre nations opérant le même vecteur tout en croissant et fusionnant les doctrines d’emploi. Partenaires stratégiques de longue date, la Grèce s’est déplacée avec quatre Mirage 2000-5EG/BG du 331 Mira de Tanagra tandis que l’Allemagne, de son côté, a détaché trois Tornado IDS de la TLG33 de Büchel. Les moyens déployé par l'Armée de l'Aiir et de l'Espace sur la 118 sont considérables avec pas moins d'une vingtaine de chasseurs dont des Mirage 2000-5 de Luxeuil, des Mirage 2000D de Nancy et des Rafale de Saint-Dizier, Orange et les locaux de la 30e Escadre.
Cette mixité générationnelle entre les appareils engagés dans cette phase O2 est particulièrement frappante. A l’heure de la modernisation à grande échelle des forces et de la haute intensité, la présence de chasseurs de génération plus “ancienne” tels que les Tornado ou les Mirage 2000 aux côtés de chasseurs beaucoup plus modernes et omnirôle comme le Rafale peut être sujet à questionnement. Le Lieutenant Colonel Emmanuel, directeur de l’exercice ORION pour toute la partie qui se déroule sur la BA118, apporte quelques précisions à ce sujet : “Même si le premier jour d’une guerre on essayera de mettre le maximum d’avions de dernière génération, on se rend compte finalement que les avions de génération plus “ancienne” ont des capacités qui ne sont pas à éliminer parce qu'ils représentent une part importante du dispositif.” Dans un conflit moderne, la technologie ne suffit pas ; il faut du nombre. Utiliser des avions plus anciens pour des missions de défense aérienne ou d'appui au sol (CAS) permet de préserver le potentiel des avions plus modernes pour des missions plus complexes. Il y a aussi la spécialisation des vecteurs qui entre également en jeu. Le Tornado est une plateforme particulièrement efficace dans la lutte SEAD et la guerre électronique. Le Mirage 2000D RMV de son côté est un vecteur tout aussi efficace dans la collecte de renseignements grâce à la nacelle ASTAC (Analyseur de Signaux TACtiques). Tous deux excellent également dans les missions de pénétration à très basse altitude grâce à leur suivi de terrain (TFR) extrêmement performant. De ce fait, les “anciens” restent des atouts clés même dans un conflit de haute intensité.

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Phase O2 : Counter Anti-Access/Area Denial Mission :
La campagne aérienne a débuté le dimanche 8 février par une mission complexe appelée “Counter A2/AD” (Anti-Access/Area Denial). Le but de celle-ci était de contrer tous les systèmes qui pouvaient empêcher l’accès aux lignes ennemies dans la profondeur du territoire. Le Lieutenant Colonel Emmanuel nous en dit un peu plus sur cette mission : “C’était une mission d’Entry Force, c'est-à-dire que l’on a concentré la puissance aérienne de façon à pouvoir percer les lignes ennemies dans le but d'acquérir la supériorité aérienne pour ensuite pouvoir réaliser des frappes dans la profondeur.” Seize chasseurs au départ de Mont-de-Marsan et deux Rafale du porte-avions CDG étaient ainsi engagés face à une menace simulée de haut niveau avec systèmes de défense sol-air et chasseurs modernes : “En face on avait des menaces ennemies réalistes mais tout était joué de manière fictive. Il n’y avait donc pas réellement de Su-30 Flanker par exemple, mais il y avait des avions dont le rôle était de jouer les ennemis tout en reproduisant les tactiques des Su-30.” Cette mission exigeante aura demandé une préparation millimétrée de plus de 7h en anglais puisque baignant dans un environnement interarmées et interalliées : “On a des méthodes de travail communes, on a l’habitude de travailler ensemble. Les réflexes arrivent finalement tout de suite. On suit une préparation qui s’appelle 4T pour Tasks, Targets, Threats and Tactics (Tâches, Cibles, Menaces et Tactiques) ce qui permet d’avoir une cohérence dans la préparation.” L’un des aspects très importants de la préparation est de prévoir l’imprévu, d’avoir toujours un plan de secours et de l’adapter en temps réel : “Ce 8 février, les pilotes ont été par exemple confrontés à l’annulation de l’AWACS et du MRTT, d’où l’importance d’être synchronisé et d’avoir une solution de remplacement.” Des conditions météorologiques changeantes peuvent également affecter la mission.
Une fois les jets posés à Marsan et les réacteurs coupés, la mission n’en était pas pour autant terminée : “Derrière il y a le debriefing d’1h30 environ. L’objectif est de revoir l’ensemble des traces et des trajectoires des joueurs, de pouvoir revoir l’ensemble des tirs qui ont été effectués et de les débriefer. Le but est de constater les erreurs pour pouvoir progresser ensemble et fixer de nouvelles procédures communes afin d’être mieux synchronisé et plus efficace à la préparation et en l’air.

Au-delà de la technique, ORION 26 a agi comme un puissant catalyseur pour la coopération internationale. Comme le souligne le Lieutenant Colonel Emmanuel, le succès de l'opération repose sur une “volonté de fédérer et d’intégrer l’ensemble des partenaires alliés, les faire adhérer avec nous et partager des valeurs communes de préparation et de vol pour pouvoir faire des missions aériennes ensemble.” 
En conclusion, ORION 26 confirme que les forces armées françaises disposent d'un outil de combat moderne, cohérent et parfaitement intégré à l'environnement interarmées et interallié. Cette préparation opérationnelle de haute intensité assure à nos forces et à leurs partenaires une capacité de réponse agile face aux menaces contemporaines.
Tous mes remerciements au centre opérationnel communication d’ORION 26, au Sirpa Air ainsi qu’à la cellule communication de la BA118. Remerciements tout particulier au Lieutenant Clara HUON, Anna CASSAGNE et Soraya SENSOU pour leur accueil, leur disponibilité et leur aide précieuse à la réalisation de ce reportage.

Dassault Rafale DQ - Qatar Emiri Air Force - Flying Wing 6

Dassault Mirage 2000-5EG - Hellenic Air Force - 114 PM / 331 Mira "Thiseas"

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Dassault Mirage 2000D - Armée de l'Air et de l'Espace - 3e Escadre

Dassault Mirage 2000-5 - Armée de l'Air et de l'Espace - EC 1/2 "Cigognes"

Dassault Mirage 2000-5BG - Hellenic Air Force - 114 PM / 331 Mira "Thiseas"

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Dassault Rafale B - Armée de l'Air et de l'Espace - EC 1/4 "Gascogne"

Dassault Mirage 2000-5EG - Hellenic Air Force - 114 PM / 331 Mira "Thiseas"

Dassault Mirage 2000-5 - Armée de l'Air et de l'Espace - EC 1/2 "Cigognes"

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Dassault Rafale B - Armée de l'Air et de l'Espace - EC 1/5 "Vendée"

Airbus A400M - Armée de l'Air et de l'Espace

Dassault Mirage 2000D - Armée de l'Air et de l'Espace - 3e Escadre

Dassault Mirage 2000-5 - Armée de l'Air et de l'Espace - EC 1/2 "Cigognes"

Dassault Rafale EQ - Qatar Emiri Air Force - Flying Wing 6

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Dassault Mirage 2000-5EG - Hellenic Air Force - 114 PM / 331 Mira "Thiseas"

Dassault Mirage 2000-5EG - Hellenic Air Force - 114 PM / 331 Mira "Thiseas"

Dassault Mirage 2000-5BG - Hellenic Air Force - 114 PM / 331 Mira "Thiseas"

Dassault Mirage 2000D - Armée de l'Air et de l'Espace - 3e Escadre

Dassault Mirage 2000-5EG - Hellenic Air Force - 114 PM / 331 Mira "Thiseas"

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

Airbus A400M - Armée de l'Air et de l'Espace

Panavia Tornado IDS - German Air Force - TLG33

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