Escadron de Chasse "La Fayette"
Visite au coeur d’un escadron stratégique, omnirôle et très actif.
   La dissuasion nucléaire est depuis toujours une capacité stratégique et prioritaire dans la politique de défense de la France. L’entrée en service du Rafale au sein des forces aériennes stratégiques (FAS) aura été une véritable révolution capacitaire permettant l’ouverture de nouveaux horizons, notamment en terme d’emploi de la composante aéroporté. Après la réactivation du « Gascogne » en 2009, l’arrivée en 2018 de l’Escadron de Chasse 2/4 « La Fayette », comme second escadron Rafale à vocation nucléaire aura permis de faire entrer les FAS dans une nouvelle aire : celle du tout Rafale. Après deux années de montée en puissance continue sur le chasseur omnirôle, où en est le « La Fayette » ?

Du 2000N sur la BA125 au Rafale sur la BA113 :
Le 21 juin 2018, après 30 années passées aux services des forces aériennes stratégiques, l’armée de l’air tirait définitivement un trait sur la carrière opérationnelle du Mirage 2000N. Les derniers exemplaires encore en service étaient alors tous rassemblés au sein de l’EC 2/4 « La Fayette » sur la base aérienne 125 d’Istres. Quelques semaines plus tard, le 29 août, le transfert effectif du « La Fayette » sur le Rafale était acté. L’unité était alors officiellement transférée sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier et intégrée à la 4ème escadre de chasse aux côtés de son homologue l’EC 1/4 « Gascogne » et de l’ETR 3/4 « Aquitaine » lequel est chargé de la formation initiale des nouveaux pilotes de Rafale de l’armée de l’air et de l’espace et de l’aéronautique navale. Ce renouveau opérationnel rapide a été rendu possible grâce à un processus de transition et de montée en puissance progressive initié en 2015 par la création d’ un embryon de personnel du futur 2/4 intégré au sein du 1/4 « Gascogne ». Le but de la manoeuvre était de permettre une transition accélérée de l’escadron du 2000N vers le Rafale lors du retrait des Mirage et ainsi éviter une période de mise en sommeil de l’unité afin de garantir la présence permanente de deux escadrons nucléaires au sein des FAS. Installé dans les anciens locaux de l’EC 1/7 « Provence » laissés vacants depuis le départ de celui-ci pour les Emirats Arab Unis en juin 2016, l’escadron est aujourd’hui fort d’une centaine de personnels, dont une cinquantaine de pilotes et navigateurs officiers systèmes d'arme (NOSA) et met en oeuvre une flotte entièrement composé de Rafale biplaces. En effet, pour ses escadrons de Rafale nucléaire, l’armée de l’air opta pour le concept de l’équipage à deux, constitué d’un pilote et d’un NOSA, afin que ce binôme puisse se partager de manière équilibrée la lourde charge de travail qui lui incombe lors d’une mission d’assaut nucléaire. A noter que contrairement aux escadrons conventionnels, le « La Fayette » compte également une poignée de mécaniciens parmi ses effectifs. Le commandant G, pilote au 2/4 nous en dit plus sur ce statu quelque peu particulier : « Du fait de la spécificité nuc’ des escadrons de la BA113, les escadrons ont leurs mécanos qui sont formés aux particularités de la mission nuc’. Du coup, à Saint-Dizier, il y a des mécanos affectés au 1/4, au 2/4 et à l’ESTA ; ces derniers ne faisant pas du tout de nuc’. Néanmoins, au quotidien et en dehors des exercices spécifiques nuc’, les mécanos des escadrons sont mis pour emploi auprès de l’ESTA afin d’assurer l’activité quotidienne. »
Côté traditions, le 2/4 a conservé celles qu’il avait hérité en septembre 2011 lors du regroupement des trois escadrons 2000N en un seul, à savoir la N124 « Sioux », la Spa 167 « Cigogne de Romanet », la Spa 81 « Levrier » et la Spa 96 « Gaulois ».

Les missions du « La Fayette », le nucléaire, oui, mais pas que…:
Étant une unité à vocation nucléaire, l’architecture de l’escadron tourne essentiellement autour de ce rôle pivot et du système d’arme Rafale/ASMP-A. Dès lors, la priorité du 2/4 est de maintenir son personnel au plus haut degré de préparation dans ce domaine exigent et de ce fait, la majeure partie de l'entraînement des équipages est dévolu à cette mission principale. Cependant, de part la nature omnirôle du Rafale, pilotes et NOSA s’entraînent également à remplir l’ensemble des missions pour lesquelles le Rafale a été conçu ; que ce soit dans le domaine air-air, air-sol ou celui de la reconnaissance ; garantissant ainsi une totale polyvalence de l’escadron (à l’exception de la lutte antinavire avec le missile Exocet). Ainsi, en plus d’assurer la posture de dissuasion nucléaire, le 2/4 contribue à la protection du territoire dans le cadre de la Posture Permanente de Sécurité (PPS) en fournissant des plots d'alerte (appelé PO - Permanence Opérationnel) 24h/24 dans tous l’hexagone, il participe également aux opérations extérieures (OPEX) dans lesquelles la France est engagée, comme actuellement avec l’opération Chammal au Sahel. Afin de faciliter la progression et la transmission des savoir-faire, des pôles d’expertises ont été mis en place et répartis entre les différents escadrons de Rafale de l’armée de l’air. En plus de la dissuasion nucléaire, le « La Fayette » est ainsi l’escadron référant en ce qui concerne l’ « entry force » et le suivi de terrain. Le commandant G précise : « Le principe de l’expertise dans les escadrons Rafale, que ce soit les expertises confiées au 2/4, mais également pour les autres escadrons, est d’être l’escadron référent du domaine considéré. L’objectif est donc d’être le point d’entrée de toutes les idées issues de la communauté Rafale concernant ces domaines, d’en faire la synthèse, de trancher quand il y a besoin de décider, puis de produire des documentations de référence à destination de toute la communauté. Ces documentations de références sont appelées des GUO (Guide d’Utilisation Opérationnel). Il y en a des techniques (concernant le fonctionnement d’un matériel), des basiques (concernant l’emploi basique de l’avion et de son armement) et des tactiques (définissant les tactiques à employer selon les types de mission). »

Entrainement continu et intensif:
En France, de jour comme de nuit, la grande majorité des vols réalisés en escadron sont des vols d’instruction à destination des jeunes pilotes et navigateurs. Au sein du 2/4, ces jeunes apprennent tout d’abord à être équipier dans la mission principale de l’unité, la frappe nucléaire. Cela induit qu’à la différence d’une affectation en escadron conventionnel, ils devront également assimiler toutes les notions techniques liées à cette mission et ingurgiter la volumineuse documentation régissant les procédures nuc’ (cadre légal, etc…). Par la suite, ils apprennent à devenir équipier dans toutes les missions du Rafale, puis leader de 2 avions (sous-chef de patrouille) et enfin leader de 4 avions (chef de patrouille). Une fois sorti de l’Escadron de Transformation Rafale (ETR), il faut compter environ 3 ans pour former un chef de patrouille / chef navigateur dans tout le spectre des missions du Rafale. À noter que lors des phases d’entrainement en métropole, les équipages changent à chaque mission ; n’importe quel pilote pouvant ainsi voler avec n’importe quel NOSA. Cela a été rendu possible grâce à une organisation standardisée qui a été mise en place au sein des escadrons de Rafale biplaces afin de brasser les expériences et favoriser les échanges. En OPEX, c’est tout le contraire ; pilotes et navigateurs volent en équipages constitués, aussi appelés « équipage de combat », afin de développer une certaine synergie et de conserver une confiance totale l’un envers l’autre.
Dans le cadre de la préparation opérationnelle des équipages, l’EC 2/4 participe à de nombreux exercices que ce soit en France ou à l’étranger. En métropole, ces exercices peuvent être conventionnels (« VOLFA ») ou spécifique à la mission nucléaire. Ces derniers, comme « Poker » ou « Excalibur », visent à démontrer la crédibilité, la disponibilité et la cohésion des moyens de la composante aéroporté de la dissuasion française et sont donc d’une importance capitale pour affirmer la position de la France comme puissance stratégique de premier rang. Les campagnes de tirs ‘air-sol’ et ‘air-air’ font également partie de l’entrainement régulier des équipages afin que ces derniers puissent conserver leur qualification. Sur la scène internationale, le « La Fayette » aura également participé, ces deux dernières années, à plusieurs exercices d’ampleur. Ainsi machines et équipages auront été déployés à Albacete, en Espagne, lors du « Tactical Leadership Programme » (TLP) ; à Bodo, en Norvège, dans le cadre d’« Arctic Challenge » ou encore dernièrement dans les Îles Canaries pour l’exercice Franco-espagnole « Ocean Sky ». Tout récemment, le 2/4 a également participé à l’exercice « Bomber Task Force Europe » durant lequel un de ses équipages a réalisé une mission d’escorte au profit d’un B-52H Stratofortress de l’US Air Force.

Le 2/4 a toujours été un escadron particulièrement dynamique, et ce déjà à l’époque des 2000N. Après deux années de montée en puissance continue sur Rafale, celui-ci est aujourd’hui un escadron pleinement omnirôle, en plus de sa position stratégique, et contribue activement au rayonnement de l’armée de l’air et de l’espace. Bien que sollicité de toute part, le « La Fayette » ne va pas s’arrêter en si bon chemin puisque depuis la rentrée de septembre et en collaboration avec le 1/4 « Gascogne », l’escadron fait partie de la nouvelle équipe de présentation de l’armée de l’air, nommé « Requin Mike ». Il ne reste donc plus qu'à espérer que 2021 soit plus coopératif que 2020 et que les meetings puissent avoir lieu afin de permettre au public de découvrir le savoir-faire des équipages du 2/4 « La Fayette » et plus largement des escadrons FAS de la BA113.

Un très grand remerciement au commandant G pour sa disponibilité, ses éclaircissements et son aide précieuse à la réalisation de ce reportage photo ainsi qu’à tout le personnel du grand « La Fayette » pour leur accueil durant cette journée qui sera malheureusement restée désespérément grise !!

Texte : Julien Gernez
Photo : Julien Gernez & Alain Ragu (www://ragualain.myportfolio.com/air-forces)

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