Cormoran 2021
A bord du PHA Tonnerre pour un exercice interarmées inédit. 
   Du 27 septembre au 15 octobre, au large des côtes méditerranéennes, la marine nationale et l’armée de terre organisaient conjointement l’exercice Cormoran 21. Pour la première fois, deux porte-hélicoptères amphibies (PHA) et 24 hélicoptères de combat étaient déployés en même temps sur un même exercice par un groupe naval aéromobile (GNAM) placé sous le commandement d’un état-major interarmées unifié. Retour sur un exercice amphibie exceptionnel et inédit entièrement tourné vers l’aérocombat de haute intensité.

Cadre et objectifs :
Très en vogue actuellement, le terme de haute intensité est de plus en plus mis en avant par nos armées lorsqu’il s’agit de qualifier une guerre dont les combats pourraient s’inscrire sur la durée, de façon plus dure et face à une menace omniprésente. Essence même de l’aviation légère de l’armée de Terre (ALAT), l'aérocombat est le fait de combiner les actions des hélicoptères avec celles des troupes au sol dans une même synergie et ainsi pouvoir projeter une certaine force en coordination avec d’autres actions conduites en parallèle ; le tout étant adapté aux exigences du milieu, aux capacités terrestres amies ainsi qu’aux menaces ennemies.
Art très peu répandu, la France faisant même figure d’exception en Europe, l’aérocombat depuis la mer est un domaine d’excellence et de première importance pour les armées françaises. L’expérience et l’interopérabilité étant les éléments-clés de la réussite de ce genre de manœuvres, il est donc capital de pouvoir entraîner les différentes unités à travailler ensemble afin de pouvoir faire face aux conflits de demain.
COMORAN 21 aura nécessité 14 mois de travail préalable afin de coordonner les différents acteurs, planifier les objectifs et élaborer un scénario réaliste. Dans les grandes lignes, ce scénario, concocté en prenant en compte les spécificités de chaque armée, mettait en scène une situation géopolitique complexe dans laquelle un pays tiers entreprenait des activités expansionnistes envers un pays ami voisin. La mission des forces bleues, emmenés par le GNAM, était alors de stopper l’avancée des troupes ennemies puis de les repousser. 
Les objectifs de COMORAN 21 étaient donc multiples :
    - Préparer les unités de l’armée de terre et de la marine nationale à être intégrées dans des opérations interarmées de projection de puissance.
    - Mettre à jour et améliorer la doctrine d’emploi du GNAM.
    - Entrainer l’état-major unifié du GNAM à planifier puis à conduire, de nuit, des raids depuis la mer vers la profondeur terrestre dans un contexte de haute intensité et d’insécurité globale, tout en pratiquant des tirs réels et un déploiement temporaire à terre.
    - Consolider les savoir-faire de gestion du pont d’envol et de préparation des systèmes d’armes dans le cadre d’une mise en œuvre à pleine capacité des ponts d’envol en ambiance discrète (optique et radio).
De l’aveu même de l’état-major, Cormoran 21 était un exercice particulièrement ambitieux et exigeant tant du côté de la marine nationale que de celui de l’ALAT, sachant que l’assurance de pouvoir valider l’ensemble des objectifs fixés n’était absolument pas acquise.   

Des moyens considérables :
Les moyens engagés dans l’exercice étaient considérables. Le GNAM à lui seul regroupait pas moins de 1500 militaires, 24 hélicoptères, deux portes hélicoptères amphibies (le Tonnerre et le Mistral), la frégate de défense aérienne (FDA) Forbin, les frégates multi-missions (FREMM) Provence et Auvergne, le patrouilleur de haute mer (PHM) Commandant Bouan et enfin le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Marne. Cette force maritime appelée Task Group 471.01 était placée sous les ordres du contre-amiral Christophe Cluzel et de son adjoint le général de brigade Frédéric Barbry, tous deux à la tête d’un état-major unifié, composé d’une centaine de personnes et fruit d’une combinaison unique de personnels de l’état-major spécialisé dans les opérations amphibies de la force aéromaritime française de réaction rapide (FRMARFOR) et de celui de la 4e brigade d’aérocombat (4e BAC).
Au sein du GNAM, deux groupes aéromobiles (GAM) avaient été constitués. Le GAM 1, déployé à partir du PHA Tonnerre, comprenait 170 militaires et douze hélicoptères (4 Tigre, 4 Caïman et 4 Gazelle) du 1er Régiment d’hélicoptères de combat (RHC). Le GAM 35, qui opérait depuis le PHA Mistral, était composé de 200 militaires et douze hélicoptères (2 Tigre, 2 Caïman, 6 Gazelle et 2 Puma) provenant des 3ème et 5ème RHC. À savoir qu’aucun équipage « spare » n’était prévu pour toute la durée de l’exercice. Pour mettre en œuvre les 24 hélicoptères, l’ALAT ne comptait donc que sur 24 équipages, pas un de plus, et tous étaient pleinement qualifiés pour évoluer depuis les portes hélicoptères de la marine nationale.
Les forces adverses étaient constituées de leur côté de quatre bataillons, de systèmes de défense sol-air ainsi que de Rafale et faisaient également appel à des navires de surface, et même un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) ; ce dernier n’étant mis à contribution que de manière très ponctuelle.

Raids aériens complexes :
Afin de pouvoir s’entraîner avec le plus de réalisme possible, l’évolution de la situation tactique n’était connu de personne à l’avance, pas même de l’état-major. La réussite ou non des missions n’était donc pas garantie et pouvait à tout moment influer sur la suite des évènements et la conduite à tenir lors des missions suivantes.
L’exercice était articulé sur deux phases en suivant une montée en puissance progressive. Il débuta tout d’abord par une série d’entraînements individuels (Combat enhanced training, CET) puis collectifs (Force Integration Training, FIT). Une fois à bord des PHA, que ce soit le personnel de la 4e BAC ou celui de la marine nationale dont un tiers des effectifs avait été renouvelé quelques semaines plutôt dans le cadre de la rotation annuelle des équipages, il était essentiel que chacun puisse reprendre ses marques et ses automatismes dans la pratique des décollages et appontages depuis un pont d’envol bien rempli. Étalée sur une dizaine de jours, cette phase « Warm Up » permit aux deux corps d’armée de perfectionner leurs savoir-faire communs et complémentaires tout en atteignant le niveau de sécurité exigé.
Le GNAM passa ensuite à la phase tactique de l’exercice. L’objectif de celle-ci était de mener trois raids nocturnes depuis la mer vers la terre, en environnement difficile et en l’absence de toute communication radio (toujours dans un souci de discrétion optimale).
-         1er raid : Nuit du 7 au 8 octobre – région de Béziers – 2x5 hélicoptères déployés (3 Tigre, 4 Caïman, 2 Puma et 1 Gazelle). Mission : Projeter une cinquantaine de militaires du groupe d’aide à l’engagement amphibie (GAEA) issu de la 6ème brigade légère blindée.
-         2ème raid : Nuit du 10 au 11 octobre – région de Béziers – 2x8 hélicoptères déployés (5 Tigre, 4 Caïman et 7 Gazelle). Mission : Attaquer l’adversaire et lui porter un coup d’arrêt brutal tout en exfiltrant les membres du GAEA.
-         3ème raid : Nuit du 13 au 14 octobre – Corse – 2x10 hélicoptères déployés. Mission : Frapper les capacités logistiques et de commandement de l’adversaire. Ce dernier raid, le plus attendu et le plus compliqué de l’exercice, s’est achevé par une phase de tirs réels depuis le champ de tir de Diane sur la côte orientale de la Corse. Une bien belle façon de clôturer ces trois semaines d’entraînement intense.
En parallèle de ces raids, les bâtiments d’escorte engagés dans l’exercice devaient assurer la protection du dispositif en neutralisant toute menace qu’elle soit sous-marine, de surface ou aérienne. Outre cette défense rapprochée, les bâtiments étaient également en mesure de fournir un appui feu vers la terre.

Après trois semaines d’entraînement non-stop, le bilan de cet exercice fut plus que positif. Cormoran 21 aura su démontrer la capacité du groupe naval aéromobile à délivrer une force significative en milieu contesté et aura prouvé que l’armée de terre et la marine nationale savent opérer de manière conjointe pour agir dans la profondeur avec une vingtaine d’hélicoptères depuis la mer et de nuit. Après Cormoran 21, la 4e BAC a ensuite pris la direction de la Lozère afin de poursuivre l'entraînement et basculer dans l’exercice Baccarat 21, renforcé pour l’occasion par des hélicoptères de l'Ejército de Tierra. Reportage à suivre très prochainement sur Skywards Review.

Nos remerciements vont en particulier au personnel de la cellule communication de la 4ème BAC, au personnel de la Marine Nationale ainsi qu’à l’état-major unifié pour leur hospitalité et leur grande disponibilité durant notre temps passé à bord du PHA Tonnerre.

Texte : Julien Gernez
Photo : Julien Gernez & Alain Ragu

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Sud Aviation SA-342L1 Gazelle - French Army - 1er RHC

Porte Hélicoptère Amphibie Mistral

Eurocopter EC-665 Tigre HAD - French Army - 1er RHC

NH Industrie NH90-TTH Caïman - French Army - 1er RHC

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Sud Aviation SA-342M Gazelle - French Army - 1er RHC

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Eurocopter EC-665 Tigre HAD - French Army - 1er RHC

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Carte de situation des forces

NH Industrie NH90-TTH Caïman - French Army - 1er RHC

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Eurocopter EC-665 Tigre HAD - French Army - 1er RHC

Le général de brigade Frédéric Barbry à gauche et le contre-amiral Christophe Cluzel

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